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Pourquoi lire… Ceux de 14 de Maurice Genevoix

Parce que son auteur est devenu récemment l’un des Grands Hommes de la Nation. Maurice Genevoix est entré au Panthéon le 11 novembre 2020, date symbolique s’il en est pour un soldat qui a survécu à la Première Guerre mondiale. À travers Ceux de 14, l’écrivain retrace le parcours du jeune homme d’à peine vingt-quatre ans qu’il était entre août 1914 et avril 1915. On suit les premières errances de son bataillon, puis son enlisement quand les armées s’enterrent dans des tranchées. Après avoir été grièvement blessé près des Éparges – lieu auquel il consacre une partie entière de son récit – Maurice Genevoix entreprend de rédiger les premiers chapitres de ce qui deviendra l’un des plus grands témoignages de la Grande Guerre.

Maurice Genevoix, portrait pris lors des premiers mois de guerre © Famille Genevoix

Parce que ses mot traduisent les maux d’innombrables soldats. Ceux de 14 , témoin de l’existence de toute une génération d’hommes, leur fait la part belle. Tout comme Blaise Cendrars dans La Main coupée, Maurice Genevoix se fait observateur pour esquisser les portraits de ses camarades au fil des pages. Il est le porte-parole de leurs tracas, de leur ennui, de leurs plaisanteries mais aussi des horreurs et des souffrances qu’ils endurent et traversent. Ses amis deviennent ceux du lecteur, qui partage leurs joies simples quand ils se réjouissent de trouver un bon lit ou leurs peines lorsqu’ils sont décimés par les obus et les balles allemands. La dernière partie, celle des tranchées, des obus, de la boue et des assauts, est sans doute la plus saisissante par son réalisme. Elle met en lumière la peur et le courage de ces hommes banals, que rien ne prédisposait à l’héroïsme. Et surtout, elle évoque l’absurdité de la situation à travers la terrible évocation de tous les morts, notamment Robert Porchon, à qui Genevoix dédie son texte, tué par un éclat d’obus, presque par hasard, alors qu’il se rendait à un poste de secours pour une blessure légère.

Parce que la beauté de sa plume l’emporte parfois sur la morosité ou la monstruosité de son quotidien qui se fait alors presque poésie. La densité du texte a de quoi effrayer mais le début est émaillé de quelques événements aussi étranges que drôles, comme lorsqu’un de ses camarades enrage de ne pas avoir l’autorisation de tirer sur un Allemand cul nu qui vient de se déculotter pour se soulager. Lorsque le conflit s’enlise, que l’humeur des premières semaines s’assombrit, l’écriture, elle, gagne en profondeur. On a rarement aussi bien écrit sur la boue que Genevoix : « On n’a plus que ses mains nues, que toute sa peau offerte à la boue. Elle vous effleure les doigts, légèrement et s’évade. Elle effleure les marches rocheuses, les marches solides qui portent bien les pas. Elle revient, plus hardie, et claque sur les paumes tendues. Elle baigne les marches, les sape, les engloutit : brusquement, on la sent qui se roule autour des chevilles… Son étreinte d’abord n’est que lourdeur inerte. On lutte contre elle, et on lui échappe. C’est pénible, cela essouffle, mais on lui arrache ses jambes, pas à pas… Elle les reprend, de son étreinte invisible, à petites vagues lécheuses. »

Alors, convaincus ?

6 commentaires sur « Pourquoi lire… Ceux de 14 de Maurice Genevoix »

  1. Absolument convaincu 🙂
    J’avais lu, il y a quelques années « Les croix de bois » et « Le feu », parce que j’étais dans une thématique « 14/18 », mais j’avais laissé « Ceux de 14 » de côté. Son tour viendra, dès que ma volumineuse pile descendra.
    Merci pour ton joli billet !

    Aimé par 2 personnes

    1. Il était dans la mienne depuis quelques années et j’ai pris mon courage à deux mains. Bien m’en a pris ! J’ai beaucoup lu sur la Première Guerre mondiale et Ceux de 14 fait partie du haut du panier avec La Peur de Gabriel Chevallier et La Main coupée de Cendrars (je te les recommande si jamais tu peux mettre la main dessus). Les 3 sont plus digestes et en même temps plus prenants que Les Croix de bois (je n’en garde aucun souvenir) et Le Feu (que je trouve lourd).
      Merci pour la visite et bonne lecture !

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  2. Magnifique extrait sur la « boue lécheuse » des tranchées. J’ai déjà exploré les souvenirs de Dorgelès et Chevallier, ceux-ci sont posés sur la table de chevet de mon épouse, il va falloir que je m’y colle un jour.
    J’ai encore en mémoire l’émouvante cérémonie du Panthéon.

    Aimé par 1 personne

    1. Ce passage m’a particulièrement marquée parce que c’est beau et terrible à la fois.
      Après, c’est vrai qu’il faut un peu de courage; ou de temps. Mais je ne regrette pas de m’y être plongée et j’espère que ce sera aussi ton cas !
      Merci du passage !

      Aimé par 1 personne

  3. Merci pour ton article ! Je t’avoue ne pas connaitre, petite inculte que je suis :/ Je l’ajoute à mes souhaits de lecture, cela parait assez difficile et j’imagine rude à lire pour l’esprit, mais important. Je me demandais comment il arrivait à insuffler de la poésie dans son quotidien cauchemardesque, merci pour l’extrait

    Aimé par 1 personne

    1. Il faut de la motivation pour s’y attaquer et la première partie peut décourager. Mais Librio a édité Les Eparges tout seul et s’il y a une partie à lire absolument, c’est celle-ci.
      Et si ça peut te rassurer, j’ai découvert l’existence de ce livre très tard, parce que je faisais des recherches sur la période. Avant l’entrée au Panthéon de Genevoix, on n’en parlait pas trop

      Aimé par 1 personne

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