« Jane Austen, c’est de la chick lit du XIXème siècle »

Phrase captée sur le YouTube littéraire pour résumer (et dénigrer ?) l’œuvre de la romancière anglaise.

Mais la chick-lit, qu’est-ce que c’est ? Si on traduit grossièrement, c’est de la littérature pour poulettes qui prend son essor dans les années 1990 avec des romans comme Sex and the city de Candace Bushnell ou Le Journal de Bridget Jones d’Helen Fielding. Ces romans mettent la femme au centre d’une intrigue (pas toujours sentimentale) sur laquelle on pose un regard plein d’autodérision et d’humour. Bien entendu, le public cible est essentiellement féminin. On considère parfois qu’il s’agit d’un sous-genre de la comédie romantique mais certains titres abordent des sujets bien moins légers (comme la dépression, le deuil,…) qu’une simple romance. Rien de très honteux, en somme.

Alors, Jane Austen écrit-elle de la littérature pour poulettes ? D’une certaine manière, c’est le cas. Ses romans s’attachent tous au parcours d’une femme : Elizabeth Bennet, Anne Elliott, les sœurs Dashwood, Fanny Price, Emma Woodhouse, Catherine Morland… Toutes ces héroïnes subissent des variations et des contrariétés sentimentales qui finissent par être écartées pour terminer sur une conclusion de conte de fées : un mariage heureux. Le ton est souvent teinté d’humour, même s’il est rarement aux dépens des héroïnes précédemment citées. Cependant, ne voir chez Jane Austen que des histoires d’amour qui se terminent bien est très réducteur et témoigne d’une certaine méconnaissance de ses textes.

Illustration of Northanger Abbey, Artist Unknown, 1833 Bentley Edition of Jane Austen’s Novels

Ces histoires d’amour si dénigrées par les détracteurs de Jane Austen ne sont que des prétextes à une critique d’une partie de la société anglaise, souvent la gentry, du début du XIXème siècle. Les textes de Jane Austen sont des satires dans lesquelles elle se moque aussi bien de caractères, comme l’orgueil des Elliot dans Persuasion, que des comportements d’un groupe social, à l’image de la vénalité de Mr Tilney père. Il n’y a qu’à lire les célèbres premières lignes d’Orgueil et Préjugés pour comprendre que Jane Austen s’apprête à se moquer, entre autres, des manœuvres de Mrs Bennet qui doit marier pas moins de cinq filles : « C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles. » Il en va de même avec la première phrase de Northanger Abbey : « De toutes les personnes qui ont connu Catherine Morland, dans son enfance, il n’en est pas qui aient dû la croire née pour figurer comme héroïne de roman. »

La chick lit n’est donc que la partie apparente de l’œuvre de Jane Austen, qui s’avère bien plus riche qu’elle ne le semble. Il suffit de lire entre les lignes et de savoir déceler l’ironie toute britannique de l’autrice.

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