Les artistes et la mort #6 : la tombe d’Oscar Wilde

Durant les dernières années de sa vie, Oscar Wilde n’est que l’ombre de l’homme qu’il fut. Depuis sa sortie de prison, il s’est installé à Paris où trois ans de déchéance suffisent à le tuer. Sans le sou et alcoolique, il vit dans un hôtel, rue des Beaux-Arts. Il n’a que quarante-six ans lorsque son agonie commence, probablement causée par une méningite.

Portrait d’Oscar Wilde par Napoleon Sarony, 1882

Amateur de bons mots, il laisse derrière lui deux aphorismes avant de succomber : « Je meurs comme j’ai vécu, largement au-dessus de mes moyens » lorsqu’il reçoit une coupe de champagne après sa conversion au catholicisme et « Ou c’est le papier peint qui disparaît, ou c’est moi » face au duel entrepris contre la tapisserie de l’hôtel qu’il trouvait hideuse.

C’est là que la dernière aventure d’Oscar Wilde commence, et pas la moins cocasse. Son premier enterrement est de sixième classe et son corps est inhumé au cimetière de Bagneux. Seuls ses amis fidèles sont présents.

Sous l’impulsion de Robert Ross, l’exécuteur testamentaire d’Oscar Wilde, sa dépouille est transférée au cimetière du père Lachaise en 1909 et grâce au financement d’une des admiratrices de l’écrivain, un monument funéraire est créé par Jacob Epstein. Le Flying demon angel, sculpté entre 1911 et 1914 dans un bloc de pierre de vingt tonnes, représente un sphinx (référence au poème « La Sphinge ») qui s’inspire d’un taureau ailé assyrien conservé au British Museum. Quant au visage de la créature, il s’agit de celui d’Oscar Wilde lui-même. Très vite, la sculpture fait polémique à cause de ses parties génitales jugées trop proéminentes. Si proéminentes que la statue est castrée dans les années 1960, par deux anglaises scandalisées, dit-on. Il paraît aussi que les testicules ont alors servi de presse papier au conservateur du cimetière. Le sphinx retrouve ses attributs dans les années 2000, mais ils sont en argent, cette fois.

Tombe d’Oscar Wilde au père Lachaise, section 89

A la demande de Robert Ross, Jacob Epstein prévoit un compartiment dans la sépulture destiné à accueillir ses cendres. Ross décède en octobre 1918 mais ses restes ne sont transférés qu’en 1950, à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Wilde.

Tombe d’Oscar Wilde avant sa restauration

Par ailleurs, au début des années 1990, une tradition naît parmi les admirateurs et les visiteurs du cimetière : déposer un baiser au rouge à lèvres sur la sculpture. Cette marque d’affection finit par endommager la pierre, qui est restaurée en 2011 puis entourée de plexiglas pour éloigner ces bisous indésirables.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :