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Eclairage sur… John Gray

« Yes, he was wonderfully handsome, with his finely-curved scarlet lips, his frank blue eyes, his crisp gold hair. There was something in his face that made one trust him at once. All the candour of youth was there, as well as all youth’s passionate purity. One felt that he had kept himself unspotted from the world. » Quand Oscar Wilde décrit ainsi Dorian Gray, on pourrait croire qu’il évoque son amant, Lord Alfred Douglas, copie conforme de ce portrait. Pourtant, à cette époque, ils ne se connaissent pas encore. Dorian serait plutôt un hommage à la beauté de John Gray, un charmant poète que Wilde vient de rencontrer.

John Gray en 1893

Rien ne destinait ce modeste fils d’ouvrier à devenir écrivain. Déscolarisé à treize ans pour devenir apprenti au Royal Arsenal, John Gray persiste pourtant dans son désir d’instruction. Il suit des cours le soir, apprend l’Allemand et le Français, passe des concours pour devenir employé au Foreign Office. En parallèle, il rencontre et fréquente des membres éminents de l’Æsthetic movement, un courant esthétique britannique qui place l’art au-dessus de toute autre considération, même morale. Parmi eux se trouvent le poète Ernest Dowson ou les artistes Charles Ricketts et Charles Shannon. Et bien sûr, Oscar Wilde, dont il fait la rencontre vers 1889. Il est fort probable que John Gray et Wilde aient entretenu une liaison ; il n’est pas rare de les croiser à une table du Café Royal à Londres.

Bien entouré par une bande d’artistes décadents, John Gray ne peut que se passionner pour les écrivains symbolistes français. Il lit et traduit, souvent pour la première fois, des poèmes de Mallarmé, Verlaine et Rimbaud. Certaines de ces traductions accompagnent ses propres textes, publiés en 1893 dans le recueil intitulé Silverpoints.

À la publication du Portrait de Dorian Gray, John devient une parfaite incarnation du personnage de Wilde. Ressemblance avec laquelle il va jouer avant d’en devenir prisonnier à mesure que le scandale s’empare de Wilde, qui cache de moins en moins son homosexualité dans une société victorienne qui ne la tolère pas. John Gray finit par s’éloigner de son mentor par désir de préserver son image, mais aussi pour se rapprocher de Marc-André Raffalovich, un écrivain français avec lequel il vit une longue et platonique liaison.

Marc André Raffalovich, d’après une peinture de A. Dampier May, 1886

Une nouvelle page s’ouvre pour John Gray. Converti au catholicisme en 1890 (comme beaucoup de ses condisciples de l’Æsthetic movement), il se tourne plus sérieusement vers la religion après le retentissant procès d’Oscar Wilde. Il part pour Rome et, déjà trentenaire, entame les études qui l’amèneront à être ordonné prêtre en 1901. Malgré une santé parfois défaillante, il s’installe à Edimbourg, suivi par Raffalovich, dont les salons du dimanche deviennent réputés au sein de la capitale écossaise.

John Gray et Marc-André Raffalovich n’ont jamais cessé de s’intéresser à l’art et aux artistes. La fortune de Raffalovich lui permet d’aider financièrement Aubrey Beardsley par exemple. Ils entretiennent aussi une étroite correspondance avec Michael Field, le pseudonyme collectif endossé par deux femmes, Katherine Harris Bradley et Edith Cooper. Cependant, John Gray a abandonné sa carrière de poète. Il publie certes quelques textes liés à sa foi mais embrasse pleinement son rôle de prêtre. Il a même fait en sorte de racheter des exemplaires de Silverpoints pour qu’on ne puisse plus lire ce recueil qu’il considère comme étant trop marqué par la décadence fin de siècle. Ses autres œuvres sont rangées à l’envers dans sa bibliothèque, cachées, sans vraiment l’être, aux yeux de ses visiteurs. Cette ambiguïté se retrouve dans la personnalité qu’il affiche, comme le révèlent de nombreux témoignages. Peter Anson écrit de lui : « Quand on discute avec lui, on a l’impression qu’il porte un masque. Parfois, le masque est légèrement soulevé ; mais je peux dire en toute honnêteté que pas une fois pendant les quinze ans où je l’ai fréquenté, le masque n’a été enlevé. Il est resté impénétrable, énigmatique, enveloppé par le mystère et c’est en grande partie à cause de cette réserve polie qu’il était si fascinant. » En public, cette réserve s’adresse aussi à Marc-André Raffalovich et un invité non averti penserait qu’ils se connaissent à peine. Pourtant, leur liaison n’est interrompue que par la mort de Raffalovich, le 14 février 1934 et John Gray décède quatre mois jour pour jour après son compagnon.

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