Que lire pendant le Pride Month #2

Pour rappel, le mois des fiertés célèbre les communautés LGBTQ+ et c’est l’occasion d’évoquer de nouvelles lectures :

Pour les amateurs de RuPaul’s Drag Race : Jolis jolis monstres de Julien Dufresne-Lamy. Un jour, John rencontre Victor et les deux hommes se découvrent une passion commune pour le drag. Ce sont de jolis monstres. Le premier fut une queen flamboyante qui a vu naître les bals, le voguing mais aussi les années sida. Victor a, quant à lui, quitté femme et enfant pour tenter de vivre de son art, dont il découvre l’histoire en discutant avec John. A travers ces deux récits, entre passé et présent, Julien Dufresne-Lamy esquisse d’abord le joyeux bazar dans lequel évoluait la communauté queer new-yorkaise au début des années 1980, puis la morosité inquiète qui accompagne l’explosion de l’épidémie du sida et enfin la démocratisation des drag queens par le succès d’une émission télévisée.

« Sur scène, tu dois être parfaite. Ni seulement belle. Ni seulement divertissante. Tu dois montrer les masques des gens. Tous ces rôles depuis la naissance. Le genre, la race, la famille. Ton rôle est de faire des flip-flops avec tout ça. Déplacer les curseurs. Tu es drag. Tu n’es plus homme, pas exactement femme. Tu es en dehors. Tu es l’exemple que chacun incarne sa création. Inspire-les. Trouve des mots, des gestes. N’oublie jamais que tu t’adresseras à des individus de tout horizon. Des touristes. Des mecs et des nénettes sans histoires. Et peut-être qu’au fond de la salle, il y aura une vieille femme. Peut-être un homme esseulé. Un ado en recherche de sens. Une jeune fille mal aimée. Dis-toi que tu incarnes précisément ce que le monde leur interdit d’être. »

Jolis jolis monstres, Julien Dufresne-Lamy, 2019

Pour les non amoureux : Nous qui n’existons pas de Mélanie Fazi. Dans ce court témoignage, l’autrice revient sur son expérience et explore son impression de vivre en décalage avec le reste du monde, notamment en ce qui concerne sa vie amoureuse. Ou plutôt sa solitude amoureuse, qu’elle a longtemps vécue comme une tare car la société impose la vision du bonheur à travers la vie de couple. Son texte est d’autant plus précieux que l’évocation de l’asexualité et de l’aromantisme est encore bien rare en littérature.

« Émergeait un questionnement par rapport à l’idée même de la norme. On grandit avec des notions binaires qu’on nous présente comme une réalité figée : homme ou femme, hétéro ou homosexuel, amoureux forcément épanoui, célibataire nécessairement frustré, un idéal de couple avec enfants décrit comme la chose la plus immuable au monde. Et puis avec le temps, on entends d’autres histoires. On apprend qu’on peut naître homme dans un corps de femme ou inversement. Que certaines personnes n’ont jamais éprouvé la moindre pulsion sexuelle. Que d’autres s’épanouissent en vivant en parallèle plusieurs relations amoureuses consenties par tous. Que beaucoup de femmes n’ont jamais eu, n’auront jamais de désir d’enfant. Et qu’il y en a comme moi, comme nous, que la vie de couple n’a jamais intéressés. »

Nous qui n’existons pas, Mélanie Fazi, 2018

Pour les révoltés : Boy erased de Garrard Conley. Dans ce texte, l’auteur raconte la fin de son adolescence, son arrivée à l’université et surtout, comment sa famille, des baptistes conservateurs, l’a poussé à faire une thérapie de conversion pour le « guérir » de son homosexualité. Cette entreprise de destruction massive menée par l’organisation LIA (Love in action), en le forçant à nier son identité, emmène Garrard Conley au bord de la folie et même s’il s’est émancipé de la pression religieuse en quittant prématurément la thérapie, son témoignage met en évidence les cicatrices qui lui en restent.

« The only time I felt safe outside the dorm was in literature class discussing hypothetical lives, hypothetical sets of events that constructed hypothetical systems of morality. I found it ironic that the same professors who looked down on many of their students’ love of video games never seemed to realize that they shared the same love of the virtual, of the vicariously lived life. »

Boy erased, Garrard Conley, 2016

(La seule fois où je me sentis en sécurité hors du dortoir fut en cours de littérature, débattant de vie hypothétiques, des enchaînements hypothétiques d’événements qui construisent d’hypothétiques systèmes de moralité. Je trouvais ironique le fait que les mêmes professeurs qui méprisent tant l’amour de leurs étudiants pour les jeux vidéos ne se rendaient jamais compte qu’ils partageaient le même amour pour le virtuel, la vie vécue par procuration.)

Pour les nostalgiques de l’âge d’or hollywoodien : Un homme accidentel de Philippe Besson. Le narrateur, policier de Los Angeles, enquête sur la mort d’un prostitué, retrouvé dans un quartier riche de la ville et fait la rencontre de Jack Bell, la nouvelle coqueluche du cinéma. Leur liaison sera brève mais forte et sensuelle, marquée par la promesse d’une fin prématurée. Un homme accidentel est un roman hybride qui flirte avec le road trip, le roman noir et la romance mais dont on ne retient que la magnifique simplicité de Besson.

« Je n’ai pas oublié la route du dimanche soir, le silence épais entre Jack et moi dans la voiture filant à toute allure, le silence d’avant les séparations. Celui de l’aller était plein de promesses, de désirs, de peur, de soleil. Celui du retour était saturé de nuit, de regrets, de dangers. L’océan figurait une masse noire et hostile. Les villes traversées portaient le souvenir des heures qui avaient précédé les étreintes. Les miles avalés nous ramenaient à la vie d’avant. Ce qui nous attendaient nous déplaisait confusément même si ce qui nous attendait, aucun de nous n’osait mettre des mots dessus. »

Un homme accidentel, Philippe Besson, 2007

Bonne lecture !

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