Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer

Pourquoi lire… Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafisi

Parce que l’autrice, Azar Nafisi, professeur de littérature étrangère pendant de nombreuses années à l’université de Téhéran, livre un récit bouleversant sur la révolution islamique et ses conséquences sur son pays, auquel elle reste profondément attachée malgré tout. Elle évoque donc les manifestations, les révoltes mais aussi la répression, la dilution des libertés et la guerre. Elle voit un pays tomber peu à peu dans le totalitarisme et elle raconte son impuissance face à cette machine lancée qui ne peut plus être arrêtée : « Le pire des crimes que commettent les systèmes totalitaires est de forcer tous les citoyens, y compris ceux qu’ils emprisonnent, torturent et exécutent, à devenir complices de leurs crimes. Il n’y a rien de plus terrible que de danser avec ses geôliers, de participer à sa propre exécution. »

Parce qu’Azar Nafisi raconte, sans apitoiement inutile, à travers son parcours chaotique mais aussi celui de ses étudiantes, la condition des femmes dans un pays où porter des chaussettes roses devient répréhensible, où mettre du vernis à ongles devient un geste de rébellion passible d’une peine de prison. Parmi les quelques étudiantes qu’elle a choisies pour poursuivre ses cours de manière officieuse, après sa démission de l’université, certaines ont d’ailleurs passé deux ou trois ans derrière les barreaux. D’autres de ses élèves sont exécutées. « [Mahtab] avait été relâchée et s’était mariée avec un type quelconque, et maintenant elle allait pointer une fois par mois à la prison, et elle vivait dans une ville en ruine avec un enfant de deux ans. C’était cela avoir de la chance. Oui, et Razieh, elle, était morte. Nassrin aussi avait dit qu’elle avait eu de la chance. Mes étudiantes avaient une étrange idée de leur bonne fortune. » Tandis que certaines libertés s’évanouissent, chacune mène ses combats. Certaines rêvent d’indépendance et de quitter l’Iran. D’autres cherchent la sécurité du mariage, même sans amour. Malgré les sévices subis, les humiliations, ces jeunes femmes restent dignes, cherchant du réconfort auprès de cette minuscule société d’intellectuelles qu’elles forment autour d’Azar Nafisi.

Parce que ce livre montre à quel point la littérature est intrinsèquement liée à la vie. A la survie. Le souvenir de chaque moment rapporté par Azar Nafisi s’accompagne d’une œuvre, que ce soit Lolita de Nabokov, Gatsby le Magnifique de Fitzgerald ou Orgueil et Préjugés de Jane Austen. L’étude qu’elle en tire reproduit parfois son état d’esprit. A d’autres moments, cela lui permet d’établir un parallèle avec la situation de l’Iran, comme lorsqu’elle organise le procès du roman de Fitzgerald pour mieux combattre les arguments fallacieux de ses élèves les plus extrémistes, qui condamnent l’œuvre pour son immoralité sans même la comprendre. La place de la littérature est d’autant plus importante qu’Azar Nafisi est une intellectuelle. Certains chapitres proposent des analyses littéraires passionnantes, fines et parfois inattendues, à l’image de la comparaison entre la structure narrative d’Orgueil et Préjugés et une danse. Et même si les réflexions sont parfois pointues et détaillées, le ton n’est jamais pédant.

Alors, convaincus ?

2 commentaires sur « Pourquoi lire… Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafisi »

  1. Ce livre semble d’une puissance intense, surtout s’il ne tombe pas dans le pathos/l’apitoiement inutile ce qui est un exercice très difficile. D’ailleurs un jour il faudrait que je comprenne pourquoi car c’est humain et vu ce qu’elle et ses compatriotes traversent ce serait tout à fait compréhensible. Mais ce travail de ne pas « tomber » de trop dans le pathos rend souvent les oeuvres encore plus puissantes, comme si elles l’élevaient encore plus haut. Bref. Je te remercie pour ton article, je l’ajoute à ma PAL et j’espère qu’un jour je le lirai. Si je suis honnête j’ai surement pas mal d’appréhension à le lire car cela reviendrait à regarder en face certaines choses qui se passent actuellement et que l’on oublie (ou que l’on n’y pense pas par sentiment d’impuissance ?) et auxquelles si j’y étais confrontée … j’ignore ma réaction mais bon, je m’enfonce je ne vais pas commenter davantage. C’est un débat à part entière. Alors si en plus d’un témoignage poignant s’ajoute la beauté de la littérature et des analyses très pertinentes … comment ne pas être convaincu ? Merci d’en avoir parlé 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. En ce qui me concerne, ça m’a pris 10 ans, à peu près. Une prof en a parlé quand j’étais à la fac (en cours d’anglais je pense, parce qu’on travaillait sur Jane Austen) et je l’avais noté dans un coin de ma tête, sans véritable envie de le lire. L’idée a refait surface pendant le confinement, j’ai perdu mes réticences et je suis contente d’avoir attendu le bon moment parce que je l’ai dévoré (et c’est une petite brique). Donc tu as le temps de te pencher sur la question xD
    C’est vrai que ça aurait pu tomber facilement dans le pathos mais toutes les femmes évoquées sont fortes, d’une manière ou d’une autre, c’est passionnant. ça change des clichés de l’héroïne badass qu’on trouve en fiction. Là on a des femmes courageuses, sous une forme plus subtile, et ça remet en place certaines idées concernant la société, le féminisme, etc.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :