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Pourquoi lire… The Tenant of Wildfell Hall d’Anne Brontë

Parce qu’il a été écrit par la grande oubliée de la famille Brontë. On ne présente plus Charlotte et son Jane Eyre, ni Emily avec Wuthering Heights (dont la traduction varie souvent en français). Parfois, on se souvient de Branwell, le frère talentueux qui a noyé son génie dans l’alcool, les névroses et la dépression, et qui brille par son effacement dans le portrait familial. Et puis il y a Anne. La petite dernière, morte précocement à l’aube de ses trente ans. La plus discrète. Peut-être la moins torturée. Mais pas la moins talentueuse, malgré ce que certains critiques ont dit d’elle.

Portrait des soeurs Brontë dit « à la colonne », peint par Branwell Brontë, 1834. Anne se trouve à gauche

Parce que c’est un récit moderne et féministe (même s’il n’a pas été pensé ainsi, puisque la notion de féminisme n’existait pas encore) dans lequel l’héroïne, Helen Graham, fuit un mari alcoolique et abusif, emportant avec elle son fils, ce qui est parfaitement illégal à l’époque. Et dans un texte anglais datant de 1848, il est rare de voir une femme bien née chercher à s’émanciper de l’autorité masculine dont elle est victime par son statut (de fille puis d’épouse) et à s’assumer seule grâce au fruit de son travail, ici à travers la peinture. La Dame du manoir de Wildfell Hall est une excellente représentation de la (triste) condition féminine à l’époque victorienne : les femmes y sont soumises, malmenées, voire battues. Le personnage d’Helen refuse de vivre dans une telle atmosphère, tout comme elle refuse de voir son fils devenir un homme détestable au contact d’un père horrible. Cette attitude inhabituelle de la part d’une femme a d’ailleurs contribué au succès du roman, que certains considéraient comme scandaleux (alors qu’aujourd’hui, on peut le trouver assez moralisateur concernant l’éducation, la drague et autres) et sa fin est avant-gardiste puisque c’est la femme qui détient le pouvoir : par l’argent et un statut social supérieur.

Acton Bell était le pseudonyme masculin d’Anne Brontë. Charlotte était Currer Bell et Emily, Ellis Bell

Parce que la masculinité toxique n’est pas glorifiée ou rendue romantique comme avec les protagonistes de ses sœurs. On essaie de fermer les yeux sur les défauts d’Heathcliff ou de Rochester, mais il est difficile d’ignorer qu’ils sont autoritaires, parfois violents, et manipulateurs… On leur colle l’image classique du mauvais garçon pour faire passer la pilule mais en réalité, ce ne sont pas de bons modèles masculins. Dans le roman d’Anne Brontë, on assiste à la lente mais inéluctable déchéance du débauché. Son charme s’évanouit tandis qu’il se vautre dans l’alcool et il ne reste que sa hargne et sa méchanceté. Face à cette figure du « bad boy », il y a Gilbert Markham, qui poursuit Helen de ses faveurs. Il n’est pas exempt de défauts : il peut sembler arrogant, parfois paresseux, mais il est plus disposé à devenir un homme respectable par amour et il est globalement charmeur et charmant.

Parce que le mariage n’est pas le but ultime de l’héroïne. Bien au contraire, ce pourrait être un manuel pour prévenir les unions malheureuses. Anne Brontë fait même dire à son héroïne « Lorsque je te conseille de ne pas te marier sans amour, cela ne veut pas dire que l’amour seul suffit… […] Si tu ne trouves jamais le mari idéal, console-toi en te disant que si les joies du célibat ne sont pas nombreuses, les douleurs du moins n’en sont jamais insupportables. Il est possible que ta vie de femme mariée soit plus heureuse que ta vie de jeune fille, mais bien souvent c’est le contraire qui se produit. » Ce n’est pas Mrs Bennet qui tiendrait ce genre de discours !

Alors, convaincus ?

2 commentaires sur « Pourquoi lire… The Tenant of Wildfell Hall d’Anne Brontë »

  1. J’avoue ne pas avoir beaucoup lu les Brontë, mais le résumé et les points importants que tu soulignes de celui-ci donnent effectivement envie, merci ! Je note dans ma Pile à Lire (assez importante en fait …) Mais merci pour l’article, j’aime découvrir des choses moins connues et avec une valeur ajoutée 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai eu beaucoup de mal à accrocher à Emily Brontë (jusqu’à tomber sur la bonne traduction des Hauts de Hurlevent) mais j’adore Jane Eyre. Ce roman d’Anne est beaucoup moins dans l’esprit gothique des deux autres mais je crois que c’est celui que je préfère. Il me reste Agnès Grey à lire mais je ne l’ai pas encore acheté (ma PAL a un peu baissé pendant le confinement, mais ça va être de courte durée j’ai l’impression)

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